Autrefois, quand les dernières barquettes étaient remplies, les anciens repassaient entre les rangs, sécateur en main, et tranchaient toutes les tiges qui filaient au sol. Les enfants regardaient sans comprendre. Le geste n’était presque jamais expliqué.
Des pépiniéristes qui cultivent la fraise depuis des générations ont comparé ce rituel à des plantations laissées en roue libre. Leur constat est net : ces tiges rampantes, les stolons, pompent l’énergie du plant quand on les laisse courir. Reste à savoir lesquelles couper, lesquelles garder, et à quel moment.
La réponse en bref : couper net, juste après la récolte
Sur les fraisiers non remontants, on coupe la plupart des stolons juste après la grosse récolte de printemps ou de début d’été. À ce stade, le plant a donné ses fruits et prépare déjà ses futurs boutons floraux. Lui retirer les tiges inutiles, c’est lui laisser toute son énergie pour l’année suivante.
Le geste se fait au sécateur propre, au plus près du point de départ du stolon, sans toucher au cœur du fraisier. On ne tire jamais sur la tige. On garde le feuillage vert, qui nourrit encore la plante, et on retire seulement les feuilles sèches, tachées ou malades.
L’erreur qui abîme le pied : arracher la tige
Tirer sur un stolon arrache des racines et blesse le cœur du fraisier. Le plant sort affaibli d’un geste censé le soulager. Le sécateur reste le seul bon outil.
Pourquoi ces tiges qui courent affaiblissent le fraisier
Un stolon est une tige fine qui part du pied mère et file au ras du sol. À intervalles réguliers, il porte de petites rosettes de feuilles. Dès qu’une rosette touche un sol meuble et humide, elle émet ses propres racines et devient un clone du fraisier d’origine. C’est une façon pratique de se multiplier sans passer par le semis.
Le revers est que ces jeunes plants sont d’abord nourris par leur mère. Le pied partage alors ses réserves entre les fruits, les racines, les feuilles et les stolons. Quand la récolte est terminée, chaque rosette en cours d’enracinement continue de puiser dans ce stock, au détriment de la préparation de la saison suivante.
Laissée libre, une rangée se transforme vite en tapis serré. L’air circule mal, les plants se font concurrence et les maladies s’installent plus volontiers dans ce feuillage entassé. Le pépiniériste y voit une planche qui s’épuise, là où le jardinier du dimanche croit simplement voir une fraiseraie qui s’étend.
Quand et comment couper les stolons après la récolte

Le calendrier dépend du type de fraisier, et les framboisiers ont leur propre rythme, détaillé dans l’entretien des framboisiers en automne. Voici comment s’y prendre, du plus simple au plus fin.
| Type de fraisier | Moment | Geste |
|---|---|---|
| Non remontant | Juste après la grosse récolte | Supprimer la plupart des stolons, garder un beau feuillage |
| Remontant | Entre deux vagues de fruits | Intervenir par petites touches, sans taille générale |
Le cas des remontants
Les avis divergent un peu sur les fraisiers remontants. Certains pépiniéristes déconseillent de les tailler, parce qu’ils fructifient par vagues et ont besoin de leur feuillage. La pratique la plus prudente consiste à ne pas faire de taille d’ensemble. On retire seulement les stolons gênants, entre deux périodes de fruits, et on évite de les couper en pleine floraison.
Les étapes du geste
- Repérer les tiges qui courent et suivre chacune jusqu’à son point de départ sur le pied mère.
- Couper le stolon net, au plus près de ce point, avec un sécateur propre.
- Retirer les feuilles sèches, tachées ou malades, sans toucher au feuillage vert.
- Ramasser les tiges coupées pour dégager le sol et aérer la rangée.
Comment couper sans abîmer le pied
La propreté du sécateur compte plus qu’on ne le pense, et il vaut la peine de nettoyer son sécateur avant l’hiver. Une lame sale peut transporter des maladies d’un plant à l’autre. Une coupe nette cicatrise mieux qu’une tige déchirée, et elle évite de laisser un moignon qui s’abîme au ras du sol.
Même logique pour le feuillage. Tout arracher en pensant faire place nette priverait le fraisier de ce qui nourrit encore ses réserves. Le bon réflexe consiste à n’enlever que ce qui est abîmé, et à laisser le reste faire son travail jusqu’à l’automne.
Profitez aussi de ce passage entre les rangs pour observer vos plants. Les pieds les plus généreux se repèrent facilement à leur vigueur et à la taille de leurs fruits. Notez-les : ce sont eux qu’il faudra réserver comme mères pour de futurs stolons.
Garder quelques stolons pour renouveler la fraiseraie

Faut-il tout supprimer ? Pas forcément. Une fraiseraie vieillit, et il faut bien préparer sa relève. Le renouvellement se fait en général tous les trois ou quatre ans, et il commence ici, après la récolte.
Sur un pied mère choisi pour sa générosité, gardez une ou deux rosettes vigoureuses. Posez-les sur un sol meuble et humide pour qu’elles s’enracinent. Dès que de belles racines se sont formées, coupez le stolon qui les relie à la mère.
Ces jeunes fraisiers serviront à replanter la rangée au moment de la renouveler. Vous gardez ainsi une lignée dont vous connaissez la productivité, sans repartir de zéro. Le reste des tiges, lui, part au sécateur.
Le vieux rituel des potagers d’autrefois n’avait donc rien d’un caprice. Couper les tiges inutiles protège les réserves du plant, aère la rangée et prépare la saison suivante. Garder une ou deux rosettes bien choisies assure déjà la relève.





