La scie est dans le garage, l’échelle aussi, et la branche du voisin pend au-dessus de votre terrasse depuis deux étés. Beaucoup passent à l’acte un samedi matin, sans se demander si la loi les y autorise. Or la règle est nette sur un point : vous avez des droits, mais ils ne passent pas tous par la tronçonneuse.
Oui, vous pouvez obliger le voisin à couper les branches qui dépassent chez vous (article 673 du Code civil)
L’article 673 du Code civil donne une réponse directe. Le propriétaire dont le terrain est envahi par les branches d’un arbre voisin peut contraindre celui qui en est propriétaire à les couper. Il n’a pas à prouver un préjudice : le simple fait que les branches franchissent la limite séparative suffit.
Ce droit a une particularité précieuse : il est imprescriptible. Même si l’arbre déborde depuis quarante ans, vous pouvez toujours exiger l’élagage. La prescription trentenaire joue ailleurs, sur la question de la distance de plantation. Un arbre trop proche depuis plus de trente ans peut rester en place, mais ses branches, elles, doivent toujours s’arrêter à la limite.
Les frais d’élagage sont en principe à la charge du propriétaire de l’arbre. C’est à lui de faire intervenir un professionnel ou de couper lui-même, côté voisin comme côté rue.
Couper soi-même : ce qui est permis pour les racines, ce qui reste risqué pour les branches
Le texte distingue deux situations. Pour les racines, ronces et brindilles qui avancent chez vous, vous pouvez les couper vous-même, à la limite de votre terrain. Aucune autorisation n’est nécessaire.
Pour les branches, la formulation de la loi est différente : elle parle de contraindre le voisin à les couper. La prudence est donc de mise. Couper seul des branches qui appartiennent à l’arbre d’autrui, sans accord ni démarche préalable, vous expose à un reproche : arbre abîmé, déséquilibré, voire malade après une taille mal faite. Le voisin peut alors réclamer réparation au titre de la responsabilité civile, et dans les cas extrêmes parler de dégradation de son bien.
Une exception se pratique dans les faits : le voisin dit oui, par écrit ou au moins par message. Là, vous pouvez couper, ou mieux, faire couper par un élagueur. La preuve de l’accord vous protège si l’humeur change le lendemain.
Racines oui, branches seulement avec accord ou décision
Les racines, vous les coupez à la limite de votre terrain. Les branches, vous les faites couper : par le voisin, avec son accord écrit, ou sur injonction si le conflit s’enlise.
Un cas concret : élagage réalisé sur des terres louées, sans accord clair du propriétaire

Une histoire récente à Terves, hameau de Bressuire, montre combien l’absence d’écrit peut transformer un entretien banal en dispute. Emmanuelle Gingreau est nue-propriétaire de terres dont son père, Bernard, 90 ans, a l’usufruit. Elle loue 27 ha à un exploitant et lui avait donné une autorisation orale d’intervenir sur les arbres et les haies.
Selon elle, l’exploitant lui avait présenté l’opération comme un entretien habituel : couper les branches mortes, dégager les abords des routes, laisser passer les moissonneuses-batteuses. Le lundi 5 octobre, une pelleteuse équipée d’une tronçonneuse est pourtant arrivée, loin du regard du père. Il a découvert l’ampleur des coupes le mercredi 7, en rentrant de son club du 3e âge. « Je me suis dit qu’il se moquait de moi », confie la fille, qui a demandé des photos à des voisins avant d’exiger l’arrêt immédiat du chantier.
Le récit disponible s’interrompt là, et on ignore la suite. Ce qu’il illustre en revanche est utile : quand le droit sur un terrain se partage entre un usufruitier, un nu-propriétaire et un locataire exploitant, chacun peut avoir sa lecture de ce qui était permis. Une autorisation donnée à l’oral, sans description précise des travaux, ne laisse aucune preuve de ce qui a été convenu. Les photos des voisins, elles, serviront de preuve de l’état des lieux.
La leçon vaut aussi pour vos propres voisins. Dès qu’un accord est passé sur une coupe, mieux vaut préciser par écrit quels arbres, quelles branches, quelle hauteur et qui paie.
Le voisin refuse : mise en demeure, tentative amiable obligatoire puis action en justice
Si la discussion n’aboutit pas, l’ordre des démarches compte, car le juge regardera ce que vous avez fait avant de le saisir. Voici le parcours habituel :
- Une demande orale ou un petit mot, daté, qui fixe un délai raisonnable pour l’élagage.
- Une lettre recommandée avec accusé de réception : c’est la mise en demeure, qui cite l’article 673 et décrit les branches concernées.
- Une tentative amiable avec un conciliateur de justice, une médiation ou une procédure participative. Pour un trouble de voisinage, cette étape est en principe un préalable obligatoire avant le tribunal judiciaire.
- Une action devant le tribunal judiciaire, qui peut ordonner l’élagage, parfois sous astreinte (une somme due par jour de retard).
Gardez tout ce qui prouve votre démarche : photos datées des branches, constat de commissaire de justice si l’enjeu est important, copies des courriers et accusés de réception. Sans preuve de la mise en demeure, votre dossier perd beaucoup de poids.
Une précision sur les distances, car elles reviennent souvent dans ces conflits. Les articles 671 et 672 du Code civil imposent 2 mètres de la limite pour les plantations de plus de 2 mètres de haut, et 0,50 mètre pour les plus petites. Des usages locaux peuvent fixer d’autres règles. Un arbre planté trop près peut être arraché ou réduit sur demande du voisin, sauf si trente ans se sont écoulés (si vous hésitez à replanter en limite de terrain, voir aussi planter une haie sans thuya). Les règles de distance de plantation et le droit d’exiger la coupe des branches sont donc deux sujets distincts.
Branche tombée ou toiture abîmée : qui paie et comment obtenir réparation

Quand une branche casse et abîme une clôture, une gouttière ou une toiture, la question change de nature. On quitte la simple gêne pour entrer dans la réparation d’un dommage. Le propriétaire de l’arbre en est le gardien, et sa responsabilité peut être engagée même sans faute grave de sa part, par exemple si l’arbre était mal entretenu ou si les branches menaçaient visiblement de tomber.
Le réflexe : photographier les dégâts et la branche avant de déblayer, noter la date et les conditions météo, puis déclarer le sinistre à votre assureur habitation. Celui-ci se retournera souvent vers l’assurance du voisin. Si le voisin a été prévenu par écrit du danger et n’a rien fait, votre dossier est plus solide.
Le voisin qui reste sourd peut aussi être attaqué sur le terrain du trouble anormal de voisinage, qui ne demande pas de prouver une faute : il suffit de démontrer que la gêne dépasse les inconvénients normaux. Ombre massive, humidité, feuilles dans les gouttières ou fruits tombés en nombre peuvent entrer dans cette analyse, même si les fruits tombés naturellement chez vous vous appartiennent.
En résumé, face à des branches qui dépassent, la bonne séquence est de parler, d’écrire, de prouver, puis de saisir le juge si rien ne bouge. La scie peut attendre, sauf pour les racines.






