Vous venez de passer le râteau sur la pelouse et le tas de feuilles mortes déborde de la brouette. Avant de le pousser vers la déchetterie, regardez-le autrement : c’est une matière organique gratuite, que le jardin sait transformer en humus à condition de lui laisser du temps. Voici comment décider quoi faire de la pelouse, puis comment monter le tas qui donnera votre terreau de feuilles.
6 à 12 mois, jusqu’à 2 ans : le vrai délai du terreau
Des feuilles broyées ou fines, gardées humides dans un tas aéré, donnent un terreau utilisable en 6 à 12 mois. Des feuilles entières, surtout coriaces, demandent plutôt 1 à 2 ans. Le tas ne réclame presque aucun entretien, mais il ne se presse pas.
Ramasser ou broyer sur la pelouse : le seuil à retenir
Tout dépend de l’épaisseur du tapis. Si les feuilles sont clairsemées et que l’on voit encore l’herbe entre elles, la tondeuse suffit. Un passage en mode broyage ou avec le bac de ramassage réduit les feuilles en petits morceaux qui se glissent entre les brins et nourrissent le sol. C’est aussi la bonne occasion de faire la dernière tonte de la saison.
Au-delà de 2 à 3 cm d’épaisseur environ, ou dès que les feuilles forment une couche feutrée, mieux vaut passer au ramassage. Une couche épaisse étouffe le gazon, retient l’humidité et favorise la mousse ainsi que les maladies. Le gazon manque de lumière pendant des semaines et jaunit à vue d’œil.
Une astuce qui fait gagner du temps : passez la tondeuse sur les feuilles avec le bac fixé. Elles sont broyées et ramassées d’un coup, et le broyage accélère nettement la décomposition du futur terreau. Un petit tas de feuilles broyées fait en quelques mois ce qu’un gros tas de feuilles entières met deux ans à accomplir.
Monter le tas de feuilles qui deviendra terreau
Le principe est le même qu’en forêt : des feuilles humides, à l’abri du soleil, que des champignons et des micro-organismes digèrent petit à petit. Contrairement au compost, il n’y a ni retournement ni apport de matières vertes. C’est la méthode la plus simple, et aussi la plus lente.
Le contenant et l’emplacement
Un silo à feuilles se fabrique en dix minutes : un grillage à poules en cercle d’environ 1 m de diamètre, maintenu par quelques piquets. Il retient les feuilles contre le vent tout en laissant passer l’air. Installez-le dans un coin mi-ombragé, directement sur le sol, pour que les vers et les insectes puissent monter dans le tas.
Les étapes, de la brouette au terreau
- Remplissez le silo par couches de 20 à 30 cm, en passant la tondeuse sur les feuilles si vous voulez aller plus vite.
- Arrosez chaque couche jusqu’à ce que les feuilles soient humides comme une éponge essorée, sans eau qui ruisselle.
- Tassez légèrement avec les mains ou les pieds, puis recommencez jusqu’en haut.
- Couvrez d’une bâche perforée ou de quelques branches pour limiter le dessèchement.
- Vérifiez l’humidité une fois par mois en été, et arrosez si le tas a séché.
L’humidité est le réglage qui compte vraiment. Un tas sec reste intact pendant des années, car aucun champignon ne travaille sans eau. Un tas détrempé et tassé manque d’air et pourrit, avec une odeur désagréable. Un coup de fourche de temps en temps améliore l’aération, même si ce n’est pas obligatoire.
Les feuilles à traiter à part
Toutes les feuilles ne se valent pas. Celles du chêne et du châtaignier sont coriaces et riches en tanins, elles se décomposent lentement et gagnent à être broyées. Celles du noyer contiennent de la juglone, une substance qui gêne certaines plantes, il vaut donc mieux les mettre dans un silo séparé et attendre deux ans avant de les utiliser. Les feuilles de tilleul, d’érable, de frêne ou de hêtre, plus tendres, donnent un terreau plus vite.
Terreau de feuilles, compost ou paillage : quel usage pour quel tas

Les feuilles mortes peuvent suivre trois chemins, et le bon choix dépend de ce que vous voulez en faire. Le tableau ci-dessous résume les différences.
| Option | Principe | Délai | Usage |
|---|---|---|---|
| Terreau de feuilles | Tas de feuilles seules, humide, sans retournement | 6 à 24 mois | Amendement, semis, rempotage |
| Compost | Feuilles mélangées à des déchets verts et de cuisine | 6 à 12 mois | Engrais pour le potager |
| Paillage | Feuilles étalées telles quelles, ou broyées | Immédiat | Protéger le sol sous les arbustes et au potager |
Le paillage est la solution la plus rapide : une couche de 5 à 10 cm au pied des arbustes protège du froid, limite les mauvaises herbes et garde l’humidité du sol. Le compost, lui, sert surtout à équilibrer des déchets de cuisine trop humides, car les feuilles apportent la matière sèche dont il manque (à lire aussi : compost d’automne qui ne chauffe pas). Le terreau de feuilles reste le plus doux et le plus fin, il améliore la structure du sol et sa rétention d’eau sans le charger en azote.
Laisser une part aux hérissons
Ne ramassez pas tout. Un coin de jardin sous une haie ou derrière un massif, avec une belle couche de feuilles, abrite des insectes, des vers et parfois un hérisson qui y passe l’hiver. Cette faune auxiliaire se retrouvera ensuite au printemps parmi vos plantations, où elle mangera limaces et pucerons. Un tas laissé tranquille derrière le silo sert aussi de refuge.
Quand et comment utiliser le terreau l’an prochain
Le terreau est prêt quand les feuilles ont perdu leur forme, qu’il est brun foncé, friable et qu’il sent la forêt après la pluie. Si le fond est prêt mais que le dessus ne l’est pas, prélevez seulement la partie du bas. Tamisez à la grille ou à la main : ce qui reste dans le tamis retourne dans le silo.
Au printemps, étalez 3 à 5 cm de terreau au pied des rosiers, des vivaces et dans le potager, puis griffez légèrement. Mélangé à parts égales avec de la terre de jardin, il convient aux semis et aux rempotages. Les feuilles de chêne et de châtaignier donnent un terreau un peu acide, idéal pour les hortensias, les rhododendrons et les fraisiers.
Questions fréquentes

Les feuilles mortes abîment-elles la pelouse ?
Oui, quand elles forment une couche épaisse qui prive l’herbe de lumière et d’air. En fine couche ou broyées, elles ne gênent pas et nourrissent le sol.
Peut-on tout mettre dans le même tas ?
On peut, mais le résultat sera plus lent et moins régulier. Séparez au moins le noyer, et broyez les feuilles de chêne et de châtaignier si vous voulez un terreau avant deux ans.
Que faire quand il y a vraiment trop de feuilles ?
Faites plusieurs silos, ou paillez directement les massifs avec le surplus. Si cela ne suffit pas, déposez le reste dans un point de collecte de déchets verts plutôt que de le brûler, ce qui est interdit dans la plupart des communes (où jeter des feuilles mortes).
Faut-il ajouter quelque chose dans le tas ?
Non. Un peu d’eau et du temps suffisent. Une poignée de tonte de gazon ou de compost mûr peut lancer la décomposition, mais ce n’est pas indispensable.





